Thierry Pincemaille

La Réunion pendant la Seconde Guerre Mondiale

la réunion A LA VEILLE DE LA GUERRE

En 1939, la Réunion ne compte que 215.000 habitants, avec une situation économique en net redressement après les années 1930, ce qui n’est pas le cas en Métropole .

Si les statistiques économiques officielles de 1937-1938 sont plutôt optimistes, par contre dans le domaine médical ou social la situation est très alarmante. Le paludisme, le typhus, la tuberculose, la malnutrition, l’alcoolisme ravagent toujours la population et montrent bien la grande misère des équipements collectifs ainsi que les mauvaises conditions de vie de beaucoup de Réunionnais. En 1938, on avait à peine une trentaine de médecins dans toute l’île et un peu moins de 20 pharmacies.

De façon générale, dans la tranche de population sachant lire, écrire et capable de juger, on était relativement bien informé des conjonctures nationale et internationale. Il y avait un peu plus de 7OO postes de radio T.S.F. déclarés à la Réunion, et 5 journaux dont 3 quotidiens,

la rèunion dans la guerre

La Réunion constituait, alors, un morceau d’un empire français encore bien imposant mais était loin des zones à risques et elle n’offrait que peu d’intérêt géostratégique. Cela explique que cette île n’avait pas d’autonomie d’un point de vue militaire. Elle faisait partie d’un ensemble « Afrique Orientale » groupant 5062 soldats, marins et aviateurs, dont le commandant supérieur, siégeait à Tananarive. A la Réunion on a seulement une compagnie d’infanterie coloniale d’un peu moins de 200 hommes, casernés à Saint-Denis et placés sous l’autorité du gouverneur de l’île et d’un commandant local, qui dépend lui, en plus, de Madagascar. Il dispose en tout et pour tout de 250 fusils LEBEL, 12 mitrailleuses HOTCHKIS et 2 canons calibre 95, modèle 1888, installés en batterie de défense au port de la Pointe des Galets.

Il n’y a, à la Réunion, aucune unité de marine, aucun char, aucun avion.

Le 1er septembre 1939, les premiers coups de feu de la Seconde Guerre Mondiale claquent dans le Nord de la Pologne. La guerre est déclarée.

L’information arrive le jour même à Saint-Denis par la TSF. La mobilisation générale des armées est déclenchée dès 5 heures du soir .

Si en Métropole la mobilisation fut lente, difficile, sujette à des polémiques, avec beaucoup de Français ne voulant pas « aller mourir pour Danzig », à la Réunion par contre, la réaction a été unanime. Par train, en voitures, en autobus, en carrioles, à pieds, des centaines et des centaines d’hommes ont pris, dès le 2 septembre, le chemin de la caserne LAMBERT.

Le problème, c’est qu’à la caserne, on n’avait pas prévu une pareille levée en masse et cela a été vite le débordement.

Les incorporations sont effectuées à un train d’enfer et dès le 9 septembre, un premier détachement de 1000 soldats, peut quitter La Réunion sur un cargo réquisitionné, destination Marseille.

Trois autres navires partiront avant l’armistice du 22 juin 1940. Au total, la Réunion enverra à destination de la France 3382 hommes, dont la moitié ne dépassera pas Madagascar. Faute d’équipements et surtout de bateaux, les soldats y seront démobilisés, puis pour la plupart renvoyés dans leurs foyers.

la réunion sous vichy.

Les 8.000 mobilisés ou volontaires qui se sont présentés dans les 3 centres de recrutement montrent à l’évidence qu’à la Réunion le désir de défendre la patrie en danger était incontestable. Mais, entre septembre 39 et juin 40, la pauvreté de l’intendance militaire, les difficultés de communication, ne permettaient déjà plus de suivre la voie de la guerre .

La période après l’armistice est marquée à la Réunion comme en Métropole, par l’implantation du régime de Vichy et la mise en application des lois de l’Etat Français du maréchal PETAIN représenté ici, jusqu’en novembre 1942, par le gouverneur AUBERT.

Ce dernier se charge de la censure.

En 1941 sont installés à Saint-Denis une Cour Criminelle Spéciale, un Comité de Propagande PETAIN.

Pour ce qui est de la résistance au régime de Vichy, la différence de contexte, l’absence d’occupation, l’isolement de l’île, font que l’opposition s’est limitée à quelques fortes personnalités comme le prince VINH SAN (ex Empereur d’Annam).

Mais tous ces gens agissaient plus ou moins isolément, sans programme d’ensemble. La principale manifestation collective de résistance à Vichy, c’est une vingtaine de femmes de Saint-Denis qui ont répondu, le 11 novembre 1942 à un mot d’ordre de la France Libre, diffusé par la radio anglaise B.B.C., demandant à tous les Français de venir ce jour là se recueillir devant les monuments aux morts de 14-18. Ces dames sont donc venues à tour de rôle déposer des fleurs devant le monument au morts. Elles ont chacune été verbalisées par un gendarme, sont passées devant la Cour Spéciale et ont chacune écopé de 1000 francs d’amende, ce qui était lourd pour l’époque.

Le « système D » POUR SURVIVRE

De plus, avec la rupture des relations commerciales et l’absence de bateaux, la situation économique devient très vite catastrophique, amenant la pénurie, le rationnement avec tickets, le système D pour trouver des produits de substitution et bien évidemment le marché noir.

On coule de la cire d’abeilles dans du bambou en guise de bougies, du maïs et du manioc qui remplacent le riz, des habits confectionnés en fil de choka, des cœurs de pêches ou du charbon de bois qui servent de brosses à dents et de dentifrice, des cochons qu’on soûle à l’alcool avant l’abattage.

Plus rien ne se jette, dans cette île aux innombrables pénuries : une vieille roue de bicyclette devient un rouet, le cuir des cabris est converti en chaussures, les draps de lit deviennent chemises, les costumes élimés sont recousus à l’envers…

ordre de de gaulle : le « léopard » embarque capagorry…

… pour rallier la réunion a la France libre

Le 28 novembre, le Léopard se présente en face de Saint-Denis,avec 90 fusiliers marins issus principalement de Nouvelle Calédonie.

Il n’y a quasiment pas de combats.

Une seule rafale de mitraillette sera tirée par les F.F.L.

On ne dénombre que quelques tués et quelques blessés.

le gouverneur aubert se rend.

Le 28 au soir, il ne restait plus qu’à obtenir la reddition du gouverneur AUBERT, toujours retranché avec ses hommes à Hell-Bourg

… capagorry, nouveau gouverneur« papa de riz » et l’apaisement.

Problème immédiat pour le nouveau gouverneur : le ravitaillement de la colonie au bord de la famine. Mission est donc donnée au Léopard d’effectuer des rotations sur Maurice et Madagascar pour ramener des denrées de première nécessité. Il ne s’agit là que de palliatifs, mais psychologiquement cela calme les esprits et un peu les estomacs : les Réunionnais retrouvent le goût du riz et Capagorry devient le populaire « papa de riz ».

Deuxième gros problème auquel est confronté André CAPAGORRY, c’est la liquidation des institutions de Vichy. A partir du 20 avril 1943, une Chambre de révision reprend les dossiers des condamnations prononcées entre juin 1940 et le 27 novembre 1942. Presque toutes les condamnations, mises à pied ou rétrogradations sont annulées.

Le nouveau Gouverneur fait aussi arracher de nombreux hectares de cannes à sucre au profit de cultures vivrières.

Il faut bien que la population mange. On change ses habitudes d’alimentation au profit du manioc et de la patate douce…

Car l’on ne se nourrit pas du sucre… qui s’entasse dans les silos et les docks !!!

Le blocus empêche les exportations.

La moyenne des arrivées et départs de navires était de 150.

En 1942, seuls 28 accostent à La Réunion.

CONSEQUENCES ECONOMIQUES DE LA GUERRE

Mais le système D a ses limites, surtout lorsque la situation perdure depuis plusieurs années et, à la Réunion, le rationnement est maintenu jusque dans les années 1950.

La production de cannes à sucres passe de 110 000 tonnes en 1940 à 13 000 tonnes en 1944.

Toutes les autres productions d’exportation chutent très sensiblement.

La Réunion sort exsangue de cette période et mettra plusieurs années pour retrouver un niveau de vie d’avant-guerre.

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