Lauréat – Agnès Rabearison

Concours : 50 ans des relations franco-allemandes.

Je me souviens quand j’étais plus jeune, avoir été fascinée par ma sœur, travaillant sur la table du salon, galérant sur ses verbes. Et tous les « ich » que j’entendais, susurraient à mon oreille une espèce d’envie nouvelle qu’il me tardait d’assouvir. Je me rappelle aussi à table, lors des repas de famille, de mes cousines s’entrainant à l’allemand pour leur entretien Abibac, et qui à travers cette langue, parlaient en secret, sans qu’autrui autour ne comprenne. Mais le premier contact avec l’Allemagne qui m’a le plus marquée, c’est mon père qui nous racontait son voyage à Berlin, lorsque nous étions assis ensemble au salon. Il me parlait du paysage, du mur de l’époque, des gens qu’il avait rencontrés et des beaux souvenirs qu’il en gardait.

Plus tard en grandissant, j’ai décidé de m’y mettre en 6ème et à partir de là, la flamme baissa un peu devant l’ampleur du travail que je devais fournir. Mais les braises qui gisaient se ranimèrent lorsqu’en 4ème, je fis mon premier voyage vers ce pays qui longtemps m’avait attiré. Alors à partir de ce moment, moi aussi j’ai vu, j’ai pu observer et j’ai pu contempler. Depuis, comme mon père, je me souviens du nord, des deux mers, des beaux « Landen » tout vert. La première chose qui m’a marqué là-bas, ce fut la gentillesse avec laquelle ces étrangers, pour moi, nous avaient accueillis. Ils démontraient envers nous, après leur première réaction, une magnifique curiosité. On représentait pour eux un certain exotisme, et pour nous, ils symbolisaient une nouveauté, un autre mode de vie, de nouveaux horizons qu’il nous tardait d’explorer.

Ainsi, ce premier vrai contact avec ce pays m’avait redonnée un nouvel élan. Et après avoir été admise en abibac, j’ai pu faire mon second voyage scolaire au sud de l’Allemagne. Et alors j’ai pu revoir cette nature entourant les grandes villes, cette proximité du vert qui surplombait les villages authentiques et les présences des « See », ces grands lacs qu’on pouvait observer au centre des paysages. J’ai aussi retrouvé cette liesse liée à la rencontre de personnes qui durant un temps de ma vie avaient su me fiare partager leur belle culture à laquelle je m’habituais peu à peu. Aussi maintenant, lorsque je pars en Europe, mon père et moi ne résistons pas à traverser la frontière en  passant par Strasbourg, pour rejoindre pour une journée seulement un pays qu’on connait tous deux.

Aussi, je me suis demandé d’où pouvait venir cette entente entre ces deux pays qui longtemps étaient ennemis et qui désormais connaissent une amitié qui dure depuis maintenant 50 ans. Comment ces pays qui différents sur de nombreux niveaux tels leur histoire, leur politique, et leur système tout entier ont-il pu depuis 1963 marcher côte à côte afin de créer pour tous deux des relations qui les avantagent ? Je me souviens de ma première correspondante : une certaine Elaine qui avait délaissé Paris pour Saint-Denis afin de découvrir pour la première fois la France. Ainsi, ce qu’elle vu avait pour la première fois, ce fut la France colorée qu’est la Réunion. Au départ, on aurait pu croire que toutes les différences visibles, qui nous séparaient, refroidiraient nos relations ; et pourtant, je me trompais. Au final, nos différences étaient ce qui nous rapprochait. Je me souviens d’une randonnée à Mafate, où moi je trainais la patte et qu’elle, elle me poussait vers le haut. Entre elle et moi, il y a toujours des échanges et nous ne cessons pas d’enrichir l’autre avec notre propre culture.  Aussi je pense que c’est ainsi que les relations entre nos deux pays se sont développées : au travers de leurs faiblesses et de leurs forces respectives, ils s’entraident et lient par ce biais une relation d’amitié essentielle à leur développement mutuel.

Maintenant, si on me demandait ce que l’allemand et l’Allemagne représentent pour moi, je vous dirais que je ne sais pas, du moins pas totalement. Pour moi, la relation qui me lie à ce pays n’est pas qu’un amas de souvenirs, des photos liées au passé. Ce n’est pas non plus un futur précis dont je connaitrais les moindres détails, dont j’aurais les prémices. Je vous dirais simplement que pour moi, l’Allemagne correspondrait à une promesse qui s’inscrit dans le présent, un cheminement que je continue d’arpenter et dont je ne connais pas encore l’issu, mais dont je connais les possibilités. Un homme que j’admire,  a dit un jour : « C’est ça l’humilité et la grandeur de l’existence. Exister par soi-même quel que soit l’endroit sur la planète : j’admire ça. ». Cette phrase prend pour moi tout son sens quand je pense au lien que lentement et sûrement je tisse avec ce pays.  Ainsi, ce n’est pas parce que je suis loin, parce que presque 12 000 km nous séparent, parce que nos cultures semblent très éloignées, et parce que nos langues diffèrent que je ne peux pas y voir un avenir. Aussi même d’ici, si l’on s’en donne les moyens, comme nos deux pays le font depuis le traité de l’Elysée, je pense sincèrement qu’on peut tisser des relations franco-germano-réunionnaises, qui nous enrichissent et qui font de nous tous bien plus que des alliés : des amis.

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